Après des études de droit et d’histoire de l’art, Michèle Heuzé décroche son diplôme de commissaire-priseur, puis celui de gemmologue (diplôme d’Etat et de l’I.N.G.). Dès lors, elle se spécialise dans le domaine du bijou : elle organise des ventes aux enchères, collabore avec des musées, puis enseigne dans des écoles de bijouterie, en France et à Genève, ou forme des bijoutiers aux techniques de vente. Elle a toujours à cœur de partager sa passion et fut chargée du commissariat de trois expositions sur l’avant-garde française à l’Espace Solidor de Cagnes sur mer. En 2009, elle réalise un documentaire filmé, le Monde de Vendôme. Depuis près de 20 ans, Michèle Heuzé est responsable d’une rubrique bijou pour la revue l’Estampille- l’Objet d’Art, écrit dans des livres ou catalogues d’exposition et collabore avec de nombreuse revues. En 2012, elle est l’auteur du livre DIOR Joaillerie. Lier les mots au bijou est la résultante de ses activités variées et leur donne sens.

Quelques ouvrages :

Exposition MEDUSA, bijoux et tabous : regard de Michèle Heuzé :

Reproduction d’une œuvre de Salvador Dalí par Henryk Kaston, Broche Ruby Lips, années 1970-80 Broche Or 18 carats, rubis, perles de culture Miami, Collection particulière © Photo : Robin Hill

L’exposition tant attendue MEDUSA a ouvert ses portes aujourd’hui au MAM ( Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris). Vous avez jusqu’au 5 novembre pour découvrir une sélection de pièces joaillières et d’avant-garde. MEDUSA questionne et ouvre un regard inédit sur le bijou et ses tabous.

Pour nous guider dans notre visite, nous avons eu le grand plaisir de rencontrer l’historienne et grande spécialiste du bijou, Michèle Heuzé, conseillère scientifique auprès du commissaire de l’exposition Anne Dressen. Attention, vous ne regarderez plus vos bijoux de la même façon …

Le bijou est une pulsion de vie…

Bonjour Michèle Heuzé, vous avez travaillé plus d’un an et demi pour préparer cette exposition, pourquoi ce nom MEDUSA  ?

Pour le regard  : on porte un bijou pour soi-même et pour être regardé. On peut être séduit ou s’interroger. Si vous ne voulez pas vous donner à voir, vous ne portez pas de bijou. En portant un bijou, vous manifestez une pulsion de vie, un besoin d’être aimé et d’appartenir à un groupe.

En effet, comme le visage de la Méduse dans la mythologie grecque, le bijou attire et trouble celui qui le conçoit, le regarde ou le porte. Et le nom Medusa est exprimé par ce regard permanent entre le monde extérieur qui nous construit et nous-même qu’il soit bienveillant ou pas…

Quelle est votre définition du bijou ?  

Ce n’est pas la définition du Petit Robert qui réduit le bijou à son côté précieux. Le bijou réside dans la façon dont il investit le corps. Vous découvrirez dans l’exposition que certains bijoux sont capables de se définir par eux-mêmes.

Vos coups de Cœur ?  

Mon bijou préféré, en tant que Mère, est celui que m’a offert ma fille  : un collier de nouille avec une fraise Tagada  ! En tant que Femme, j’ai toujours aimé les colliers de chiens de Cartier en diamants, pour leur côté Princesse, très féminin et intemporel.

En tant qu’Historienne, c’est le collier «  Noisettes  » de Lalique. En effet, ce n’est pas le côté esthétique qui me touche mais plutôt la façon qu’a Lalique de restituer la nature avec ses aspérités qui me fascine.  Ce bijou incarne son créateur. C’est un bijou à part, comme une porte historique vers les bijoux d’avant-garde.

Enfin, le bijou qui me touche le plus est l’Anémone de Lalique  dans sa façon d’aborder la mort et le dernier souffle. Lalique a cette aptitude à symboliser la vie du début à la fin et représente, avec les racines de l’anémone, la beauté des femmes et de la maturité avec beaucoup de poésie.

Qu’aimeriez-vous que le visiteur retienne de cette exposition ?  

Il ne faut pas catégoriser des bijoux différents dans un système de valeur. Si nous nous parons, c’est que nous avons besoin de nous construire culturellement par des accessoires comme des outils pour nous montrer aux autres, pour exister.

Secret Garden de Solange Azagury-Partridge ©BérengèreTreussard2017

 

Cette exposition est une véritable invitation au questionnement ! Quels bijoux portons-nous et pourquoi ? Ont-ils un sens ? Cherchons-nous une appartenance à un groupe, un milieu ? Quel statut social nous apporte le bijou ? Et comme l’artiste Frédéric Braham essaye de nous interroger par son travail, le plus beau bijou n’est-il pas nous -même ?